Il a fallu 48 heures à Cédric Ferey pour changer de vie. Pas plus. Un temps de réflexion presque indécent pour une décision aussi radicale : quitter un poste de directeur administratif et financier salarié pour devenir indépendant, sans filet, sans clientèle constituée. « Le seul risque que je voyais, c'était que sur un malentendu ça marche ! », résume-t-il aujourd'hui, six ans plus tard, avec le sourire de celui qui a eu raison d'y croire. À Rouen, il a rejoint le réseau Bras Droit des Dirigeants, une activité de direction financière à temps partagé qui s'adresse aux TPE et PME normandes. Derrière le costume du dirigeant, il y a d'abord un homme qui a mis du temps à s'accepter comme tel.
Un môme de Rouen à qui on a appris à bosser
Cédric Ferey est natif de Rouen. Il grandit dans un environnement modeste, où le travail n'est pas une option mais une évidence transmise très tôt. « Issu d'un milieu modeste où on m'a appris l'importance de bosser, à l'école, puis l'été, puis pendant mes cours post-bac », raconte-t-il. Un élève studieux, peu fêtard, encadré par des parents attentifs. « Je pouvais être un peu influençable à l'époque, alors je dirais que l'apport principal de mes parents a été de bien me connaître et de m'éduquer pour faire en sorte d'éviter ça. »
Cette rigueur familiale ne dessine pourtant pas un tempérament d'entrepreneur inné. « Carrément pas », tranche-t-il quand on lui demande s'il a toujours eu la fibre. Le parcours démarre par la voie tracée de l'expertise comptable, en cabinet. Mais quelque chose ne colle pas. « Déjà à l'époque, j'avais besoin de plus de concret, de plus de sens », confie-t-il. Suivent une PME régionale du bâtiment, puis une entreprise en très forte croissance, mal structurée pour l'absorber. Une période qu'il qualifie de « très intense et très formatrice », celle où, sans le savoir encore, il devient DAF à temps partagé avant même de savoir que ce métier existait sous cette forme.
Le déclic, sous la douche
La bascule vers l'indépendance ne relève d'aucun plan de carrière. « Par hasard clairement. Je ne connaissais pas le temps partagé », admet Cédric Ferey. En discutant avec le réseau Bras Droit des Dirigeants, il met des mots sur ce qu'il faisait déjà depuis 2 ans pour son employeur en tant que DAF salarié : « J'allais très régulièrement au contact de mes clients pour les aider dans leur gestion financière. Je faisais déjà du temps partagé sans le savoir. » Le moment précis où il bascule reste gravé, presque anecdotique tant il est banal.
« C'était sous la douche. Véridique ! »
Ce qu'il risque en se lançant, ce n'est pas grand-chose de matériel : « Mettre fin à une situation de confort apparente. » C'est surtout un pari sur lui-même, sur sa capacité à transformer une expertise de terrain en offre autonome. Six ans après, il ne cache pas sa fierté : « En regardant mon parcours depuis 6 ans, je suis fier de moi. »
L'année qui a failli tout stopper
Le début d'activité démarre fort, trop fort peut-être : la première année ne laisse pas de place à la prospection. La facture arrive vite. « L'année 2 de mon activité » a été la plus dure, reconnaît-il sans détour : « Diminution de mon CA de 33 % alors qu'il aurait dû croître de 40 %. Dur. » Pas question pour autant d'arrêter. Cette crise le force à revoir sa stratégie d'acquisition, le nombre de clients qu'il veut accompagner, le rythme à tenir. L'enseignement est devenu une règle de vie professionnelle : diversifier au maximum son portefeuille client pour ne jamais dépendre d'une seule grosse mission ou d'un secteur qui viendrait à s'effondrer.
L'autre leçon, plus intime, touche à la posture même du métier. « L'erreur serait de croire que je sais tout faire et que je fournis toujours le meilleur conseil à mon client », explique-t-il. Il ajoute qu'il se doit de prendre du recul, de peser ses recommandations, de les challenger avant de les imposer.
« Je me dois de prendre du recul, de peser mes recommandations, de les challenger, avant d'emmener mon client vers ma vision de sa situation. Donc l'erreur, c'est de manquer d'humilité. »
Rebondir, pour lui, tient en une phrase simple : reconnaître ses erreurs, et considérer qu'il y a toujours quelque chose à apprendre.
Un artisan de la trésorerie, pas un copier-coller
Concrètement, Cédric Ferey intervient comme directeur administratif et financier externalisé, à temps partagé, auprès de dirigeants de TPE et PME normandes de tous secteurs, de quelques collaborateurs à plusieurs dizaines. Sa proposition de valeur tient en une conviction : « Si un dirigeant d'entreprise a assez facilement la capacité à faire croître son CAHT, ça peut se faire au détriment de sa marge, de sa rentabilité globale et par voie de conséquence de sa trésorerie. » Il agit précisément là-dessus : sur l'idée qu'une croissance doit se financer, jamais se payer en marge sacrifiée.
Ses compétences couvrent les reportings mensuels ou trimestriels personnalisés, le financement du BFR et des investissements, l'identification d'indicateurs clés, les business plans, les analyses de marges, les coûts de revient et la digitalisation des process. Mais ce qui le distingue vraiment, c'est sa méthode. « Je me définis comme un artisan de la gestion financière », dit-il. « Je ne vais jamais faire un copier-coller des outils de gestion ou des modèles de reporting d'un client à un autre. » Chaque accompagnement démarre par une phase de diagnostic, puis un suivi adapté au rythme réel de l'entreprise, avec une bascule progressive vers les sujets spécifiques, chantier par chantier.
Le déclic qui pousse un dirigeant à l'appeler, c'est presque toujours la trésorerie. Parfois, c'est aussi la déception vécue avec l'expert-comptable, qui n'a pourtant pas vocation à jouer ce rôle. « Expert-comptable et directeur financier externalisé sont deux métiers différents, complémentaires mais différents », rappelle-t-il. « Quand déception il y a, c'est que le client a des attentes de type DAF et qu'il attend que son expert-comptable réponde à ça. Pas possible. »
Une PME du bâtiment, un CA divisé pour une rentabilité multipliée
L'exemple qui illustre le mieux son savoir-faire est celui d'une PME du second œuvre, 4 millions d'euros de chiffre d'affaires, 30 collaborateurs, en pleine croissance mais en crise de rentabilité et de trésorerie. Un client pesait 25 % du chiffre d'affaires, un chantier à 1 million d'euros absorbait toutes les ressources humaines, et une solution d'affacturage mal préparée aggravait la situation. Cédric Ferey négocie des plans d'apurement avec les fournisseurs stratégiques, obtient des découverts autorisés auprès des banques, lance une campagne de relances clients, met en place une analyse par chantiers, recalcule les prix de revient et refond tout le process client, des acomptes systématiques jusqu'aux pré-relances.
Le résultat parle : chiffre d'affaires ramené de 4 à 3 millions d'euros, identification des chantiers réellement rentables, excédent brut d'exploitation multiplié par 6, trésorerie consolidée de 150 000 euros.
Mais ce dont il est le plus fier n'est pas un chiffre. « La fidélité de mes clients que, pour certains, j'accompagne depuis plus de 3 ans », répond-il sans hésiter.
Pourquoi ses clients restent
Face à des concurrents qui proposent des services proches, Cédric Ferey mise tout sur l'humain et sur son engagement personnel. « C'est d'abord une question d'humain, de qui je suis, de comment je conçois mon travail, de comment je m'investis auprès des clients que j'accompagne. Ce sont mes gages de garantie. »
« Je dis ce que je fais et je fais ce que je dis. »
Il n'hésite pas non plus à s'opposer à un dirigeant quand la situation l'exige, une posture qu'il assume pleinement : être DAF à temps partagé, c'est faire partie intégrante de l'entreprise, avec la liberté de l'indépendant en plus. Ce qui, selon lui, serait le plus difficile à copier pour un concurrent, ce n'est ni un outil ni une méthode. « Moi », répond-il simplement. Ses clients restent aussi parce que la mission a vocation à durer, y compris quand tout va bien. « Ce n'est pas quand tout va bien qu'il faut arrêter une mission. Grave erreur ! »
Bâtir un pôle d'experts DAF en Normandie
Fondée en 2020, l'activité de Cédric Ferey vise désormais un cap plus collectif : développer le réseau Bras Droit des Dirigeants DAF en Normandie, avec l'ambition de construire un pôle d'experts dans les trois à cinq prochaines années, et un projet plus personnel qu'il préfère garder pour l'instant sous silence. Sur le fond du métier, la priorité va à la digitalisation et à l'usage raisonné de l'intelligence artificielle, « comme un outil d'aide et pas comme une fin en soi », ainsi qu'à la maîtrise et à l'internalisation de la data chez ses clients.
Pour y arriver, il ne cherche pas de recette miracle : « Il faut juste prendre le train en marche, choisir ses outils et rester en veille permanente, car tout change très vite aujourd'hui. » Une seule chose ne doit jamais bouger dans cette croissance : « Qui je suis, tout simplement. »
Cédric Ferey recherche aujourd'hui davantage de PME en BtoB, entre 1 et 4 millions d'euros de chiffre d'affaires, ainsi que des partenaires capables de le recommander : banquiers d'affaires, business angels, et, il l'espère, des experts-comptables. Il aimerait aussi croiser des DAF salariés en quête de sens, qui cherchent à exercer leur métier autrement. Pour les trois premiers dirigeants qui le contactent en message privé, il propose un diagnostic de deux heures offert, à solliciter directement via son profil LinkedIn.
Dans dix ans, ce n'est pas un chiffre d'affaires qu'il veut regarder en premier, mais le nombre de clients accompagnés, le nombre de DAF qui auront évolué à ses côtés, le temps enfin dégagé pour faire autre chose, une activité capable de tourner sans lui. Et, dit-il, « le nombre d'amis que je me serai fait depuis que je suis entrepreneur : c'est important aussi. » En attendant, un dirigeant de TPE ou PME normande qui voit sa trésorerie diminuer, petit à petit, sait désormais qu'il a une bonne raison de composer son numéro.




