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Rouen

De Rufisque à Rouen : il forme le digital normand par le terrain

NORMANDIE WEB SCHOOL8 min de lecture
De Rufisque à Rouen : il forme le digital normand par le terrain

Arrivé du Sénégal à vingt ans, il dirige aujourd'hui Normandie Web School à Rouen et forme des alternants au plus près des entreprises normandes.

Il est arrivé en France « avec un sac léger et un monde entier à apprivoiser ». Vingt ans, venu de Dakar et Rufisque, sans réseau ni repères. Aujourd'hui il dirige Normandie Web School à Rouen, une école qui forme aux métiers du digital en alternance, et qui a traversé cette dernière année l'un des passages les plus rudes du secteur de la formation privée. Entre les deux, une trajectoire construite pas à pas, jamais donnée d'avance.

Un enfant de Rufisque, une famille qui n'a jamais parlé de mérite

Grandir entre Dakar et Rufisque, c'est grandir dans un environnement « populaire, dense, où on apprend très tôt à se débrouiller et à observer avant d'agir ». Rien n'y est donné, tout s'y construit à force d'observation et de patience. Ce sont des réflexes qu'il retrouvera plus tard, transposés à la direction d'une école.

Sa famille ne théorise pas la réussite, elle la pratique en silence. « C'est une famille qui ne parle pas beaucoup de mérite, mais qui l'incarne au quotidien », résume-t-il. La valeur du travail bien fait, la discrétion sur l'effort, l'idée que transmettre compte davantage que briller : un socle de fond, jamais un discours appuyé.

À l'école, il n'est pas le brillant sans effort. « Curieux et sérieux », dit-il de lui-même, obligé de construire sa place « pas à pas », surtout une fois débarqué en France, où il fallait rattraper des repères qu'il n'avait pas. Une école dure, mais qui forge une conviction : la persévérance compte plus que le talent brut.

Le numérique, un accélérateur pour ceux qui n'ont pas le réseau

Après des études supérieures en France, une trajectoire progressive dans le digital et la formation le mène à la direction de Normandie Web School, à Rouen, où il évolue depuis plus d'une décennie. L'école existait déjà comme projet quand il en prend la tête : une structure pensée pour former aux métiers du digital autrement que par la théorie pure.

Ce qui déclenche son engagement, c'est une conviction simple : il y a un rôle à jouer en région, loin des grandes écoles parisiennes, pour former des professionnels directement au contact des entreprises. Le choix du numérique n'est pas neutre non plus. « C'est un domaine où la compétence compte plus que le pedigree, où on peut construire une trajectoire solide sans partir avec tous les codes au départ », explique-t-il. Il voulait donner cette même chance à d'autres, en particulier à des jeunes sans réseau pour se lancer seuls.

Le constat de départ tient en une phrase : un décalage entre les besoins des entreprises normandes en compétences digitales et une offre de formation locale souvent trop théorique. L'alternance apporte la réponse, en formant tout en donnant « tout de suite une expérience professionnelle réelle, pas juste un diplôme ».

« À un moment, la question n'était plus est-ce que ça marche, mais jusqu'où on peut le développer. »

Se lancer a un prix. Il faut renoncer « à la sécurité d'un cadre plus stable », à du temps qu'il aurait aimé donner davantage à sa famille, et accepter l'incertitude d'un secteur qui dépend beaucoup des politiques publiques et des cycles économiques. Diriger une école, dit-il, c'est porter ce risque en continu, pas seulement au démarrage.

Le mur de cette dernière année

Le portrait ne serait pas complet sans la période la plus difficile : cette dernière année, marquée par un durcissement brutal du marché de la formation privée. Baisse des aides à l'apprentissage, concurrence accrue, décisions structurelles à prendre pour recentrer l'école sur ce qui fonctionne vraiment. Il ne l'édulcore pas.

Il y a eu des moments de doute, « surtout face à la charge que représente la direction d'une structure dans un contexte économique tendu ». Mais l'idée d'arrêter n'a jamais tenu longtemps : trop d'étudiants et d'entreprises comptent sur l'école pour lâcher au premier vent contraire.

L'erreur qui a le plus appris, il ne la maquille pas non plus : avoir trop longtemps misé sur une seule certification, sans construire assez tôt de solution de repli. Le rebond est venu de décisions rapides plutôt que de l'attente : recentrage de l'offre, ajustement de l'organisation, renforcement des liens avec le réseau économique régional.

« J'ai appris à prendre des décisions difficiles sans attendre d'être acculé. »

Former des alternants « opérationnels », pas des diplômés théoriques

Normandie Web School forme aux métiers du numérique, marketing digital, communication, web, data, via des cursus en alternance ou en initial, du bac+3 au bac+5, en partenariat étroit avec les entreprises de la région. Des Bachelors et Mastères reconnus, titres RNCP, accompagnés d'un suivi individualisé pour trouver l'entreprise d'accueil et tenir le contrat jusqu'au diplôme.

D'un côté des étudiants et leurs familles en recherche d'une formation concrète, parfois après un premier parcours qui ne leur convenait pas. De l'autre, des entreprises normandes qui cherchent des alternants opérationnels sans avoir le temps ni les moyens de former en interne. Le fonctionnement décrit tient en une image simple : une PME normande sans les moyens d'embaucher un profil confirmé récupère un alternant formé en parallèle, encadré au quotidien avec le soutien de l'équipe pédagogique, et « repart soit avec une embauche naturelle en fin de contrat, soit avec une mission concrète menée à bien à moindre coût ».

Ce qui distingue l'école, ce n'est pas un argument marketing, c'est une taille. « Nous sommes une structure à taille humaine, ancrée localement, où le directeur connaît personnellement les dossiers et les entreprises partenaires », contrairement aux grands groupes de formation où l'étudiant devient un numéro parmi des milliers. Quand le contexte change, aides à l'apprentissage ou attentes des entreprises, l'école ajuste vite : « une grande structure met des mois à décider, nous des semaines ».

Ce qui ne se copie pas, c'est le réseau : un maillage d'entreprises partenaires en Normandie construit sur plus de dix ans de relations de confiance, une implication directe dans des réseaux comme MEDEF Rouen Métropole ou Normandie Numérique. « Ça ne s'achète pas, ça se construit dans la durée. »

Le profil qui résume tout

Interrogé sur la preuve la plus parlante de son travail, il ne cite ni chiffre ni logo, mais un profil type : un étudiant arrivé « sans idée précise de son orientation », motivé mais sans réseau ni expérience, face à des entreprises qui recrutent avant tout sur l'opérationnalité immédiate. Un parcours en alternance structuré, une mise en relation active, un accompagnement pour préparer les entretiens, un suivi pédagogique jusqu'au bout du contrat. Résultat : un diplômé déjà expérimenté, et une entreprise qui a gagné un collaborateur opérationnel sans les coûts d'un recrutement classique.

Sa fierté la plus vive tient dans une continuité plutôt qu'un exploit isolé : avoir construit, avec son équipe, une école qui tient dans un marché de la formation privée devenu beaucoup plus dur, « sans jamais sacrifier l'accompagnement individuel qui fait notre différence ». Ce que les clients disent de l'école, et qu'il n'oserait peut-être pas dire lui-même, va dans le même sens : un suivi humain qui ne s'arrête pas une fois le contrat signé.

Ce qu'il aurait aimé qu'on lui dise avant

De cette dernière année de tension, il tire deux leçons qu'il livre sans filtre à qui voudrait se lancer. Construire une trésorerie de sécurité dès que possible, et ne jamais laisser une seule source de revenu ou une seule certification devenir un point de fragilité pour toute la structure. Diriger, dit-il, c'est désormais regarder les signaux financiers et de marché « beaucoup plus tôt et plus froidement qu'avant ».

Un BTS, un partenariat, et l'envie de transmettre au-delà de soi

Le cap fixé pour les trois à cinq prochaines années : consolider Normandie Web School comme référence régionale de la formation digitale en alternance, avec un portefeuille de diplômes élargi, du BTS au Mastère, et un ancrage encore plus fort dans le tissu économique normand. Une idée circule, encore ouverte : « pourquoi pas un BTS Communication digital, comme porte d'entrée qui alimente ensuite nos parcours bachelor et mastère, pour sécuriser le recrutement sur toutes les années. C'est juste une idée que je pose là ! » Ce qui pourrait accélérer la trajectoire : un partenariat ou une alliance stratégique avec un acteur complémentaire, capable d'apporter des moyens et un réseau plus large, « tout en respectant l'identité de marque et la pédagogie qui font notre spécificité ».

Une chose ne doit surtout pas se perdre en grandissant : la proximité avec les étudiants et les entreprises partenaires, et la capacité à décider vite. « C'est ce qui nous différencie, et c'est la première chose qu'on perd quand une structure grossit mal. »

Deux profils sont invités à le contacter directement : un étudiant ou un parent qui hésite encore sur son orientation post-bac, en recherche d'une formation digitale concrète, et un dirigeant ou responsable RH normand qui envisage de recruter un alternant sur un poste digital. Il cherche aussi, plus largement, des lycées, CFA et conseillers d'orientation susceptibles d'orienter vers l'école des profils motivés mais pas encore fixés sur leur voie, ainsi qu'une entreprise ou un groupe régional prêt à construire un partenariat durable pour recruter et former plusieurs alternants chaque année.

Au-delà des chiffres, ce qu'il veut avoir accompli dans dix ans tient en une phrase, qui résonne avec ce qu'il dit de lui-même hors de son costume de dirigeant, un père, un mari, un homme qui a fini par écrire sa traversée entre deux rives plutôt que de la garder pour lui. « Avoir contribué à former une génération de professionnels du digital en Normandie, et avoir construit une école qui tient debout au-delà de moi, qui transmet, comme j'ai essayé de le faire ailleurs dans ma vie. »

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