Un rappel de plus de 10 000 € versé à un assuré qui attendait sa pension depuis des mois. Un remboursement de 42 000 € pour des trimestres rachetés inutilement. Derrière ces chiffres, une femme, qui a quitté treize ans de carrière dans les institutions parisiennes pour se spécialiser dans un domaine que presque personne ne maîtrise vraiment : la retraite. Elle s'appelle Manola TECHER PEREZ, elle dirige JURIRETRAITE, à Rouen, et son histoire commence loin de tout ça, dans un foyer où l'on croyait dur comme fer aux vertus du service public.
Une enfance normande, entre campagne et ville
Manola grandit aux alentours de Rouen, d'abord à la campagne, puis en ville. Ses deux parents travaillent dans le secteur public, et dans cette famille modeste, une conviction s'installe tôt : le travail au service des autres, c'est une valeur qui compte. « Travailler dans le service public, la fonction publique, c'est important et valorisant », résume-t-elle. Mais il y a chez elle, déjà, une exigence supplémentaire : peu importe la voie, il faut qu'elle s'y plaise vraiment.
À l'école, elle coche toutes les cases de la bonne élève : assidue, scolaire, à l'aise jusqu'au collège. Puis vient le lycée, puis la fac, et les facilités s'estompent. Il faut travailler pour obtenir les résultats. Elle décroche un bac+5 en droit social, effectue un stage de fin d'études en 2007 comme juriste en droit de la sécurité sociale, auprès du Médiateur de la République, sous la présidence de Jean-Paul Delevoye. Elle y reste. Embauchée sur ce même poste, elle y passera plus de treize ans, évoluant jusqu'à devenir adjointe du service, traversant en 2011 la transformation de l'institution en Défenseur des droits.
Quatorze ans de trajet, et une candidature refusée
Pendant quatorze ans, elle fait la navette entre Rouen et Paris. Ce rythme, elle le tient, jusqu'au jour où une candidature à un nouveau poste est rejetée. Une déception, dit-elle simplement, mais une déception qui ouvre une brèche. La même année, en 2019, son service RH lui propose un bilan de compétences. C'est là qu'elle découvre l'existence d'un métier qu'elle ne soupçonnait pas : expert retraite.
Rien, chez elle, ne prédestinait à l'entrepreneuriat. « Pas du tout. J'étais convaincue que l'entrepreneuriat n'était pas fait pour moi, que je n'y arriverais pas », confie-t-elle. Ce qui la retient, ce n'est pas un projet flou, c'est une matière technique qui la passionne, et la perspective d'être reconnue comme experte dans un domaine où les assurés se sentent perdus. Elle identifie un vide : un manque d'informations sur la retraite, une clarté qui s'effrite au fil des réformes, une défiance grandissante des assurés envers l'administration.
« J'y vais » : le déclic grâce à un cabinet parisien
Le déclic prend la forme d'un accompagnement : un cabinet de conseil en retraite parisien l'aide à franchir le pas, une aide pour laquelle elle dit rester très reconnaissante aujourd'hui encore. Ce qu'elle doit risquer pour se lancer n'a rien de spectaculaire sur le papier, mais tout d'intime : « rien de particulier, hormis apprivoiser ma peur de l'insécurité financière ». Elle fonde JURIRETRAITE en 2022. Dès la première année, elle sent que quelque chose de solide se construit.
Un métier d'expertise, sur-mesure
Concrètement, JURIRETRAITE accompagne les particuliers au moment du départ en retraite, sur le plan administratif. Cela passe par des audits retraite, avec vérification de carrière et estimation du montant de pension selon différentes hypothèses, mais aussi par la réalisation des démarches à la place des assurés. S'y ajoutent des formations et des rendez-vous individuels pour les salariés concernés par un PSE. Manola souhaite désormais développer davantage les rendez-vous individuels en entreprise, ainsi que le conseil stratégique : comment optimiser sa retraite, comment négocier un licenciement en tenant compte de son impact sur la pension.
Ses clients arrivent presque toujours dans la même situation : une difficulté déjà installée, une caisse qui ne répond pas, une question sans réponse claire. La méthode ne varie pas : recueil du besoin, devis, puis un nouveau rendez-vous, en présentiel, par téléphone ou en visio, pour faire le point sur la situation professionnelle et personnelle au regard du relevé de carrière. Vient ensuite un rapport, qu'elle restitue elle-même. « Je réponds à leurs questions, leurs interrogations, pour qu'ils aient une réponse claire et qu'ils puissent décider avec tous les éléments en leur possession », explique-t-elle. Le bénéfice, dit-elle, dépasse l'administratif : ses clients gagnent en sérénité.
Un exemple donne la mesure de sa manière de travailler. Un assuré de 58 ans, en arrêt maladie, ne peut plus reprendre son poste et se demande s'il peut partir en retraite avant l'âge légal. Après étude de son relevé de carrière, Manola lui envoie un état des lieux complet des solutions possibles et des démarches à engager. « Il repart avec une feuille de route claire et une réponse apportée rapidement », résume-t-elle.
Ce qu'un concurrent ne pourra jamais copier
Le marché du conseil retraite compte d'autres acteurs, mais Manola mise sur deux leviers qu'elle revendique sans détour : la réactivité, avec une prise en charge de la demande sous 24 heures, et le conseil individualisé sur-mesure. Elle refuse de vendre une prestation si elle ne peut pas répondre réellement au besoin exprimé. Interrogée sur ce qu'un concurrent aurait le plus de mal à reproduire, sa réponse tient en deux mots : « ma personnalité ».
« Je ne vends pas une prestation si je ne peux pas répondre au besoin. »
Ses clients, dit-elle, apprécient son relationnel et son professionnalisme, ce qui explique leur fidélité. Et il y a une qualité qu'elle n'oserait peut-être pas revendiquer elle-même si on ne le lui avait pas dit : « que je suis tenace et persévérante ».
Un dossier bloqué depuis janvier, résolu en un été
Le projet qui illustre le mieux son savoir-faire concerne un assuré ayant travaillé au Luxembourg, en Belgique, et terminé sa carrière en situation d'invalidité. Il avait initié une demande de retraite en juillet 2025 pour un départ au 1er janvier 2026. En mars 2026, sa retraite n'était toujours pas versée. Il contacte alors Manola. Elle reprend l'intégralité du dossier, contacte les caisses belges et luxembourgeoises, puis le Médiateur de la caisse française. Résultat : l'ensemble des retraites est perçu en septembre 2026, avec un rappel de plus de 10 000 €.
Mais sa plus grande fierté concerne un autre dossier : un assuré avait racheté des trimestres inutilement, pour un montant de 36 000 €. Grâce à l'intervention de Manola, il en obtient le remboursement intégral, avec une plus-value : 42 000 € récupérés.
L'erreur qui a changé sa façon de travailler
Le parcours n'a pas été linéaire. La période la plus difficile, ce sont les doutes sur ses propres compétences, nés d'erreurs commises en cours de route. « J'ai fait une mauvaise interprétation de la réglementation, ce qui m'a valu de commettre une erreur dans le calcul de la retraite », reconnaît-elle sans détour. Elle n'a jamais vraiment pensé arrêter. Sa réponse à l'erreur tient en une phrase : elle a fait part de la faute au client, puis a continué à avancer, pas à pas, en étant plus attentive pour ne pas reproduire ce même écueil.
Ces moments ont durablement transformé sa manière de diriger. Rester humble, être plus vigilante et travailler en collaboration avec des pairs : voilà ce qu'elle retient. Un conseil qu'elle aurait aimé recevoir avant de se lancer résume assez bien sa philosophie aujourd'hui.
« Écoute-toi et écoute tes ressentis.
Écoute les conseils et expériences des uns et des autres, sans te sentir obligée de suivre le même schéma »
Devenir une référence entre Rouen et ses alentours
D'ici trois à cinq ans, Manola veut faire de JURIRETRAITE une référence en matière d'expertise retraite sur Rouen et sa région, tout en développant son chiffre d'affaires. L'activité qu'elle souhaite prioriser : le conseil et les interventions directement en entreprise. Ce qui pourrait accélérer cette trajectoire, dit-elle sans détour, c'est la visibilité et les mises en relation. Mais elle pose une limite claire à cette croissance : elle ne veut perdre ni ses valeurs, ni la proximité avec ses clients.
Aujourd'hui, elle cherche à rencontrer davantage de chefs d'entreprise et de DRH, pour réaliser des bilans retraite avec leurs salariés ou conseiller leurs équipes RH sur ces sujets. Elle recherche aussi des prescripteurs naturels de son activité : experts-comptables, avocats, conseillers en gestion de patrimoine, autant de professionnels normands en contact avec des dirigeants et des salariés en fin de carrière. Deux profils, dit-elle, devraient la contacter sans attendre : une personne à quelques années de la retraite qui veut un point clair sur sa date et son montant de pension, ou un chef d'entreprise qui souhaite accompagner ses salariés dans cette transition.
Dans dix ans, au-delà des chiffres, ce qu'elle veut pouvoir se dire tient en une phrase, simple et directe : « avoir accompagné encore plus de personnes et les avoir aidées à faire un point ou prendre une décision ». Pour une femme qui a mis treize ans avant de sauter le pas, c'est peut-être la meilleure définition de la réussite.




