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Rouen

Moufid Taleb, explorateur polaire et passeur d’expériences

Moufid Taleb8 min de lecture
Moufid Taleb, explorateur polaire et passeur d’expériences

À Rouen, Moufid Taleb a tout quitté pour l'Arctique. Après avoir failli mourir sous la glace, il transforme l'aventure polaire en expérience pour les entreprises normandes.

En janvier 2022, au cours d'une expédition polaire en solitaire, Moufid Taleb se retrouve pris dans un ouragan extra-tropical. Sa tente est détruite. Pendant plusieurs heures, réfugié sous une épaisse couche de neige, la situation devient critique.

L'expérience aurait pu mettre un terme à ses aventures polaires. Elle aura surtout profondément changé sa manière de les préparer.

Quelques années plus tard, Moufid continue de parcourir l'Arctique et l'Antarctique, comme guide d'expédition, naturaliste ou explorateur. En 2026, il mène notamment White Ghosts, l'une de ses expéditions les plus ambitieuses, près du pôle Nord.

De ces années passées sur le terrain est progressivement né un métier. Lorsqu'il n'est pas en expédition, il organise des séjours dans le Grand Nord et intervient en conférence sur la gestion du risque, l'incertitude, le climat ou les transformations du vivant. Une partie de cette activité s'adresse directement aux entreprises.

La curiosité comme fil rouge

Rien ne destinait particulièrement Moufid Taleb aux régions polaires.

Il grandit à Lyon puis à Rouen, loin des montagnes, de la neige et des grands espaces qui occuperont plus tard une place centrale dans sa vie.

À l'école, il apprend facilement mais s'ennuie beaucoup.

« J'étais un élève avec quelques facilités, mais qui s'ennuyait assez profondément la plupart du temps en cours. »

Cette curiosité ne le quittera plus. Elle deviendra l'un des fils conducteurs de son parcours : apprendre seul, explorer de nouveaux domaines, chercher à comprendre.

Avant de trouver sa voie, il connaît les petits boulots, les périodes difficiles, puis travaille dans l'informatique. Une situation stable, mais dans laquelle il comprend très vite qu'il ne souhaite pas passer sa vie.

Lorsqu'on lui demande aujourd'hui de se définir sans métier ni titre, la réponse est simple :

« Un type curieux, plein d'humour et d'enthousiasme, qui essaie de faire de son mieux, évidemment sans être parfait. »

Un livre, quinze ans plus tard

L'histoire avec le Grand Nord commence pourtant bien plus tôt.

À une dizaine d'années, Moufid lit un roman dont l'action se déroule dans les régions polaires. Le livre le marque.

« Je m'en suis souvenu quinze ans plus tard. »

Adulte, il découvre les récits des grandes explorations polaires. Cette fois, lire ne lui suffit plus. Il veut comprendre ce que l'on ressent face au froid, à l'isolement, à l'incertitude et à l'immensité.

« J'ai donc tout plaqué pour devenir explorateur polaire. »

Il part pourtant de presque rien : peu de connaissances du milieu, aucun réseau et très peu de moyens financiers.

« Je ne me suis pas laissé hésiter. »

Commence alors une longue période d'apprentissage : formation, préparation physique et technique, premières expéditions en autonomie, puis missions en Arctique et en Antarctique.

Les connaissances accumulées sur le terrain l'amènent aussi vers la transmission. Depuis plusieurs années, il intervient dans l'enseignement supérieur, auprès du grand public et en entreprise.

L'expédition qui a changé sa manière de faire

Janvier 2022 reste un moment particulier de son parcours.

Au cours d'une expédition hivernale en solitaire, un ouragan détruit sa tente. Il se retrouve en danger de mort.

« Ma vie tout court, j'ai failli la perdre en expédition. »

Cette expérience modifiera profondément sa manière de travailler.

« Je suis devenu professionnel. J'ai des plans A, B, C, et une compréhension beaucoup plus globale de mon environnement. »

Quelques années plus tard, il repart sur le même terrain et achève l'expédition qu'il n'avait pas pu terminer.

Il n'en conclut pas qu'il faudrait éviter tout risque. Une part d'incertitude est inhérente à l'expédition. Mais elle peut être comprise, anticipée et réduite.

C'est cette différence entre prendre un risque et subir un risque qui nourrit aujourd'hui une partie de ses conférences.

Des conférences nourries par l'expérience

Moufid Taleb intervient en conférence sur la gestion du risque, la prise de décision, l'adaptation et la sortie de zone de confort, mais aussi sur le climat, la biodiversité et les transformations environnementales.

L'idée n'est pas de plaquer des recettes de management sur des récits d'expédition.

Un ouragan, plusieurs semaines d'isolement, la menace d'ours polaires, une erreur d'anticipation ou une décision prise avec des informations incomplètes deviennent plutôt des points de départ pour réfléchir à des questions plus universelles : comment décider dans l'incertitude ? Jusqu'où anticiper ? Que faire lorsque le plan initial ne fonctionne plus ?

Les interventions sont adaptées au contexte de chaque organisation et nourries par des situations vécues, souvent photographiées ou filmées.

« Les propos tenus sont fondés aussi bien par la théorie que par la pratique et l'expérience. »

Emmener aussi les entreprises sur le terrain

La transmission ne passe pas uniquement par les conférences.

Moufid organise aussi des séjours et des expéditions dans l'Arctique, depuis des formats accessibles aux personnes découvrant le Grand Nord jusqu'à des aventures plus engagées.

Certains sont pensés spécifiquement pour les entreprises.

En petit groupe, quelques jours suffisent à changer complètement de cadre : progresser à skis, composer avec le froid, apprendre à évoluer ensemble et accepter que tout ne soit pas maîtrisable.

Il ne cherche pourtant pas à reproduire un séminaire classique au milieu de la neige.

« Difficile de faire mieux pour du coaching ou du team building, mais de façon humaine, en toute simplicité et sans le côté artificiel. »

Le terrain fait une grande partie du travail. Moufid prépare l'expérience en fonction du niveau, l'encadre et en assure la sécurité ; chacun reste libre de ce qu'il en retire.

Une parole nourrie par le terrain

Sa particularité tient au croisement de plusieurs expériences.

Explorateur, guide d'expédition et naturaliste, il passe une partie importante de l'année sur le terrain. Ses expériences polaires nourrissent ses conférences, tandis que les connaissances scientifiques acquises au fil des années éclairent ce qu'il observe.

Cette articulation entre expérience vécue et compréhension théorique est devenue centrale dans sa manière de transmettre.

Rigueur, enthousiasme, curiosité et simplicité reviennent souvent dans les témoignages de ceux qui l'accompagnent.

Certains le décrivent comme une source presque inépuisable d'énergie et de connaissances.

La formule le fait sourire.

« Je sais simplement que je ne sais rien. »

Vivre plutôt que grandir

Moufid Taleb ne cherche pas à construire une organisation toujours plus grande. Son objectif est davantage de pouvoir vivre de ses projets, continuer à partir sur le terrain et financer les expéditions qu'il souhaite mener.

Le développement de ses conférences et des séjours destinés aux entreprises fait aujourd'hui partie de cet équilibre.

Il souhaite notamment créer davantage de liens avec les entreprises normandes, qu'il s'agisse d'interventions, de séjours ou de partenariats autour de futures expéditions.

Avec une limite qu'il pose clairement :

« La personnalité, l'authenticité, les valeurs qui me guident. Aucune somme d'argent ne devrait détourner de ça. »

De nouvelles expéditions en préparation

En 2026, l'expédition White Ghosts a marqué une nouvelle étape de son parcours. Un film consacré à cette aventure est aujourd'hui en préparation.

Pour février-mars 2027, Moufid travaille sur un projet très différent : une expédition polaire pensée comme une rencontre entre aventure et création artistique, aux côtés d'une musicienne, d'une artiste et de deux vidéastes professionnels Rouennais.

D'autres expéditions doivent suivre, notamment en 2028.

Entre-temps, il entend poursuivre ses interventions auprès des entreprises, du grand public et de l'enseignement supérieur, autour de la gestion du risque, du vivant, du climat et des grandes transformations auxquelles nos sociétés doivent s'adapter.

Et continuer, surtout, à partir.

Lorsqu'on lui demande ce qu'il aimerait voir en se retournant sur les dix prochaines années, il ne parle ni de chiffre d'affaires ni de taille d'entreprise.

« Je souhaite me retourner et me rappeler d'histoires vécues, de visages humains à qui j'aurais apporté et qui m'auront apporté, et bien sûr de sauvage. »

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