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Rouen

Sans savoir-faire mais sans retour possible : le pari d'un Rouennais

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Sans savoir-faire mais sans retour possible : le pari d'un Rouennais

À 24 ans il quitte la maintenance pour devenir commercial. Vingt ans plus tard, il a bâti puis cédé une entreprise, et dirige ADPI à Rouen.

En 2005, un coup de téléphone change une trajectoire. À l'autre bout du fil, un collègue de travail tout juste licencié, comme lui, propose de monter une entreprise ensemble. Il a 28 ans, aucune fortune, un métier appris sur le terrain et une certitude chevillée au corps : jamais il ne fera marche arrière. Vingt ans plus tard, il a cédé cette première société et dirige aujourd'hui ADPI, à Rouen, entre immobilier d'entreprise et conseil en développement commercial.

Une enfance entre campagne et agglomération rouennaise

Il grandit d'abord à la campagne, puis dans l'agglomération de Rouen. Un père artisan, une mère cadre dans un grand groupe d'assurance, des parents divorcés mais une enfance qu'il qualifie sans détour d'heureuse. Fils unique, il grandit dans une maison où l'on parle travail le soir à table, où l'ambition compte plus que les diplômes. Dans sa famille, personne n'est parti avec de longues études, mais tout le monde s'est construit avec la même énergie.

« Une famille où personne n'est parti avec beaucoup d'études mais beaucoup d'ambition », résume-t-il. Cette phrase dit à peu près tout de ce qui viendra après : un parcours qui ne passera pas par les grandes écoles, mais par le terrain, l'expérience et l'obstination.

Mauvais élève, bon technicien, commercial sans filet

À l'école, il ne brille pas. Le format scolaire ne l'intéresse pas vraiment, jusqu'à l'arrivée de l'apprentissage et de l'alternance, qui changent la donne. Il devient technicien de maintenance et le reste jusqu'à ses 24 ans. Puis il bascule, sans expérience du métier mais avec une conviction intacte : il quitte tout pour devenir commercial à la commission.

« Sans savoir-faire, mais avec la certitude de ne pas faire demi-tour. »

Cette phrase résume un trait de caractère qui reviendra plusieurs fois dans son parcours : l'indépendance, l'innovation, la création et le service ne sont pas des mots pour lui, ce sont des moteurs. « Depuis toujours l'indépendance l'innovation la création et le service me fait vivre », dit-il de sa fibre entrepreneuriale, comme une évidence qui ne s'est jamais démentie.

Le coup de fil qui change tout

Quatre ans de commercial plus tard, il a appris ce que la maintenance ne lui avait pas appris : vendre. Ce savoir devient son point de départ, sa richesse. Quand son futur associé l'appelle pour lui exposer un projet de création d'entreprise, la réponse est immédiate. « Comme nous venions d'être licenciés, tous les deux, c'est une très belle opportunité de nous lancer », se souvient-il.

Le risque financier, lui, reste modeste : un prêt bancaire « pas plus élevé que le prix d'une voiture d'occasion récente ». Les vrais risques, ceux qu'on ne mesure qu'après coup, il les découvre en chemin. Il appelle ça, avec le recul, « l’inconscience de la jeunesse », ou peut-être l'inexpérience des jeunes entrepreneurs. À 28 ans, la question ne se pose même pas vraiment : il connaît le métier, le marché, le secteur géographique. « À 28 ans, j'ai débordé d'énergie et d'envie d'aventure. »

Vingt ans pour bâtir ASF, un jour pour risquer de tout perdre

Cette société, c'est ASF, fondée en 2005 à deux associés. « Zéro client, zéro salarié », rappelle-t-il. Le vrai problème du départ n'est pas de trouver des clients, mais de convaincre une main-d'œuvre qualifiée de faire confiance à une entreprise qui démarre, sans pouvoir proposer les mêmes salaires ni le même confort qu'une structure installée. La réponse tient en une décision simple : structurer les équipes par métiers, pour recruter à différents niveaux de compétences et offrir de vraies perspectives d'évolution.

Vingt ans plus tard, ASF, une entreprise reconnue sur le secteur 76 et 27, compte une vingtaine de salariés, des contrats solides avec ses clients industriels et une certification ISO 9001. Mais ce dont il est le plus fier n'a rien de comptable : « D'avoir partagé cette aventure d'entreprenariat avec des femmes et des hommes qui ont décidé de me faire confiance, que j'ai vus grandir. » Certains sont entrés comme alternants et sont devenus des hommes clés.

La période la plus dure arrive en 2013. Passé de commercial à son compte à celui de patron, il doit affronter une concurrence déloyale et se battre devant les tribunaux pour faire reconnaître son droit et sauver l'entreprise. Il ne cache rien de ce qu'il a traversé : oui, il a pensé arrêter, comme beaucoup d'entrepreneurs. Les erreurs de management lui apprennent sur lui-même.

« On n'apprend pas à être patron à l'école. »

La remise en question devient une valeur non négociable. Il apprend à prendre du recul, à anticiper, à élargir sa vision au-delà de la sienne pour emmener son équipe vers de nouveaux projets qui font grandir l'entreprise, les salariés et lui-même.

Le renouveau : ADPI, l'immobilier d'entreprise et le conseil

En 2022, il crée ADPI, à Rouen. Trois ans plus tard, il cède ASF. Deux activités structurent la nouvelle société : le marchand de biens en immobilier, principalement professionnel, et le conseil en développement commercial, nourri par vingt ans d'expérience d'entrepreneur. « Pour moi, le savoir de mon expérience n'a de valeur que si je le partage », dit-il pour expliquer ce choix.

Côté immobilier, il accompagne la mise en location ou la vente de bâtiments professionnels, principalement pour des artisans et des commerçants. Côté conseil, il travaille le développement commercial d'équipes qui maîtrisent parfaitement leur métier mais peinent à trouver leurs premiers clients. Son rôle n'est pas de vendre à leur place, mais de former, ou d'installer une solution qui leur correspond.

« Vous avez une équipe de commerciaux issus du terrain. Ils ont une bonne connaissance technique de leur service ou de leurs produits. Ils savent gérer un fichier client existant, mais ils ne savent pas comment trouver de nouveaux clients », décrit-il pour illustrer le client type qui pousse sa porte. Le travail se fait en rendez-vous physiques, en présentiel, avec un accompagnement proche et pragmatique.

Ce qu'un concurrent aurait du mal à copier

Sur un marché où d'autres proposent des prestations comparables, il revendique une légitimité qui ne s'achète pas dans une école de commerce. « La différence, c'est que je n'ai pas fait de grandes écoles de commerce, et que personne ne pourra copier mon vécu et mon expérience, issue du terrain et affinée au fil du temps. » Sa méthode consiste à installer chez le client une solution qu'il pourra faire vivre seul, une fois l'accompagnement terminé.

Cette approche explique, selon lui, pourquoi ses meilleurs clients restent : dans une relation professionnelle sur le long terme, la relation humaine compte autant que la qualité de l'offre. Ce que ses clients mettent souvent en avant, c'est justement cette expertise de terrain qu'il n'oserait peut-être pas revendiquer lui-même avec autant de force.

Le prochain chapitre : un village d'entreprise à Barentin

Le cap suivant est déjà posé : « L'activité que je cherche à développer sur 2027, c'est la mise en vente d'un village d'entreprise à Barentin. » L'activité de conseil reste active, en second plan, portée par la même envie de partager. Ce qu'il veut construire, ce n'est pas une structure qui grossit pour grossir, mais une entreprise dans laquelle il peut travailler seul, avec la notoriété de ce nouveau métier comme principal accélérateur.

Ce qu'il refuse de perdre en avançant tient en une phrase : sa passion de l'entreprenariat et son envie de partager. Pour l'alimenter, il cherche aujourd'hui à croiser la route de créateurs et de dirigeants d'entreprises récentes, des chambres consulaires, des agents immobiliers spécialisés dans l'immobilier d'entreprise. Un message s'adresse en particulier à un profil précis : le dirigeant de TPE qui veut faire grandir sa structure en PME.

« Me prouver à moi-même qu'un bon entrepreneur est un entrepreneur qui a su se renouveler plusieurs fois dans sa carrière. »

C'est là, dans cette idée de renouvellement permanent, que se loge sa définition de la réussite. Pas un chiffre d'affaires, pas une taille d'équipe, mais la capacité à repartir de zéro, une seconde fois, sans perdre ce qui fait le sel du métier : apprendre encore, et transmettre ce qu'on a appris.

Mon numéro: 06 67 57 19 92

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